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Moulins et Sèvres sauvés par un bébé

L’histoire vécue est racontée par Melle Renée Tétard et M. René Bellot

Renée Tétard :

En stage à la pouponnière de Poitiers, j’arrive un matin dans le service des « enfants malades » et je me dirige vers la partie de la salle dont j’avais la responsabilité. Je me trouve face à un berceau dans lequel dormait paisiblement un beau bébé blond qui me paraissait en bonne santé et qui n’était pas là la veille.

Je vais trouver la soeur du service et lui fait part de mon étonnement. Ce bébé est en pleine santé ! Pourquoi est-il là ?

La réponse de la soeur fut la suivante : il m’a été amené dans la soirée, c’est une petite fille qui est née il y a quatre jours… en prison – sa maman est arrêtée par les allemands – c’est une anglaise.

Il me faut trouver uen famille qui accepte de recevoir le bébé et sa mère ; si nous trouvons un foyer d’accueil les allemands la relâcheront.

Connaissant l’amitié que ma mère avait pour les anglais, je demande à la religieuse d’attendre le lendemain car je pensais bien que la réponse serait oui à Moulins, ce qui fut le cas ; et les transferts de la prison et de la pouponnière furent réalisés dans les jours suivants.

La dame dit toute sa reconnaissance à ma mère et lui fit comprendre qu’elle ne pouvait pas divulguer son vrai nom à cause des allemands. Maman ne posa pas de question sur l’attitude de cette dame et son comportement. Le mari de cette dame vint à Moulins.

C’était un officier anglais, très froid, peu bavard. Sa femme nous apprit qu’il travaillait pour l’Intelligence Service…, il ne resta que peu de jours. Un soir de ce mois d’août 1944, on vit arriver à Sèvres un détachement important de camions et de canons, 1000 hommes environ, (c’était la débâchle allemande) ils cherchaient un endroit pour se camoufler, ils trouvèrent la grande futaie derrière le château, bien à l’abri des arbres feuillus.

René Bellot évoque le lendemain de leur arrivée :

J’avais 15 ans. Ce matin là, je m’en rappelle  encore, il faisait chaud je me baignais avec des copains dans un bassin à la Brunetterie, quand soudain,une vingtaine d’avions surgirent : des chasseurs et des bombardiers. Nous nous sommes cachés et nous regardions la scène ; ils survolèrent les bois et plus particulièrement ceux de Moulins en piqué. Ca a duré longtemps : ils cherchaient les allemands… nous nous disions « ça va barder ».

Tout à coup à notre étonnement, l’escadrille se reforme et disparaît. Ils n’ont pas bombardé…Pourquoi ?

Renée Tétard continue :

Pendant ce temps, quand les avions survolaient Moulins l’anglaise s’installa dehors, derrière le château avec son bébé dans le landau, capote tendue et sur cette capote une couche blanche bien étalée, l’anglaise semblait lire ou tricoter, au grand désespoir de ma mère qui ne cessait de lui dire de rentrer, mais impassible elle répondait : « il n’y a pas de danger ».

Nous sûmes le soir, à la nuit tombée, les camions repartis, pourquoi elle se trouvait dehors ainsi exposée. « Voilà dit-elle je communiquais à l’aide d’un poste émetteur, caché dans le landau, avec les avions anglais, je leur disais « oui ils sont là très nombreux avec hommes et matériels mais n’attaquez pas, cette maison et ce village, j’y suis accueillis avec mon bébé ; surtout ne faites rien, attendez, je vous préviendrai quand vous pourrez agir.' »

C’est ainsi que Moulins et Sèvres ont été sauvés du bombardement.

Cet historique du Château de Moulins est issu du livre : Regards… du Passé à nos jours.

Nous remercions bien vivement l’Association « Section Patrimoine du Club de l’Amitié » qui nous a donné l’autorisation d’inclure cet historique sur notre site.

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